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J'ai réussi à me confier

Sabah*, 20 ans
* Le prénom et les lieux ont été modifiés pour respecter l’anonymat de la personne.

" Si jamais on ose dire qu’on n’est pas d’accord, notre famille utilise toute sorte d’arguments pour nous convaincre …
Nos mères prétendent qu’elles savent ce qui est bon pour nous et que si jamais le mari se comporte mal avec nous, elles nous soutiendront…
En vérité, les parents se mettent du côté du " mari " qui s’arrange pour se faire passer pour une victime. Ma mère m’a dit que s’il m’avait frappée c’était normal, je n’avais pas à vouloir retourner au lycée, mon devoir de femme c’était de m’occuper de lui, pas d'aller à l'école.
Pour ma cousine, ma tante a réagi différemment, elle a bien voulu qu’elle divorce… Mais alors pourquoi elle l’a mariée ? Elle devait bien savoir que ça finirait par un divorce vu que dès le départ, il n’y avait aucun sentiment !
Ma mère m’a dit que si je partais et que j’abandonnais " mon  mari ", elle serait la risée du quartier. Ma mère est croyante, alors je lui ai demandé : " C’est le regard de Dieu ou celui des commères du quartier que tu respectes ? "
Mon frère, il n’était pas pour le mariage forcé mais quand j’ai fugué la première fois, avant le mariage, mon père l’a manipulé, il lui a dit que notre grand-mère était malade qu’elle était hospitalisée, mon frère m’a envoyé un texto et alors …

… et alors je suis partie la voir à l’hôpital à Marseille*, en vrai, ma grand-mère était chez elle, et elle était en bonne santé.  Finalement, je me suis retrouvée comme morte-vivante, on m’a séquestrée.  Mes oncles, un cousin et même des cousines, étaient dans le coup… C’était un piège, en fait, ils avaient trouvé la salle pour le mariage, à côté de Marseille … 

Le mariage c’était pas une fête, je peux dire qu'on m'a fait ma fête…

Quand je suis revenue chez moi à Lyon*, je n’ai pas parlé tout de suite… Il m’a fallu presqu’une année …
Ma mère, elle disait que j’exagérais, que je devais être contente d’avoir un homme qui a une bonne situation, qui a accepté de quitter Marseille pour moi. Qu’il était commerçant, donc je n’aurais pas besoin de travailler. Mais alors à quoi ça a servi que je m’inscrive en BTS ? Pourquoi j’ai fait toutes ces études ?

J’ai parlé du viol à ma mère, de la nuit de noces, elle a baissé les yeux.

Il y a une commère dans le quartier qui a dit que je jetais la honte sur la famille à aller raconter que j’avais été mariée de force, que si c’était vrai, pourquoi je l’avais pas dit tout de suite, que j’avais qu’à dire non, que j’avais brisé ma famille... J’ai eu envie de la taper, de mourir moi-même, mais  ce jour-là j’ai décidé de vivre ma vie. 
J'ai réussi à me confier à l’infirmière du lycée, elle m’a soutenue moralement, elle m’a dit que je n'étais pas coupable, et que j’avais franchi une étape importante : en parler. "