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Le mariage forcé

Un mariage forcé  c'est lorsque les parents et d'autres membres de la famille, obligent leur fille, ou leur fils, à se marier contre son gré c’est-à-dire sans son consentement. Dès lors que ce dernier fait défaut, le mariage est conclu sous la contrainte. L'absence de consentement  constitue le caractère forcé du mariage, qu’il soit civil, religieux, ou coutumier/traditionnel.

Le mariage forcé est une violence qui va à l’encontre de la dignité et du respect de la personne humaine notamment sa liberté.
C’est une discrimination qui s’exerce en grande partie à l’encontre des femmes. Les hommes sont toutefois concernés mais ils sont mariés généralement moins tôt que les filles.

Le mariage contraint porte atteinte aux droits fondamentaux de la victime en particulier à son intégrité psychologique et physique.
Le contrôle de la sexualité est un élément clé du mariage forcé puisque la victime ne choisit ni la personne ni le moment où elle décidera de faire l’amour, souvent pour la première fois. Le mariage forcé engendre ainsi des violences sexuelles : le viol, au moment de la nuit de noces, puis pendant toute la période de communauté de vie conjugale.


AVANT LE MARIAGE FORCÉ, QUELS SONT LES SIGNAUX D'ALERTE ?
D’abord, les parents et la famille tentent de convaincre la victime : " c’est pour ton bien, vu ton âge tu ne peux pas choisir quelqu’un qui saura te rendre heureuse ".
Les pressions familiales ont donc déjà bel et bien commencé …
Elles peuvent conduire à un véritable harcèlement : au début, les parents parlent doucement puis, si leur fille ou fils se défend, ils se mettent à hausser le ton, à crier ou à pleurer même, jusqu’à une heure tardive de la nuit s’il le faut, l’objectif étant de la faire plier : " Tant que je n’avais pas dit oui, ils m’ont interdit d’aller dormir ".
A partir du moment où la victime exprime son refus de se marier, on la culpabilise et on lui fait subir :

Menaces verbales et/ou chantage affectif
" Avec tout ce qu’on a fait pour toi, c’est comme ça que tu nous remercies "
" Je vais renvoyer ta mère au pays si tu n’obéis pas
"
" On mariera ta sœur à ta place si tu refuses
" Je vais divorcer de ta mère à cause de toi
" Ta grand mère va mourir si tu ne descends pas au bled "
" Si tu ne te maries pas, je te raye du livret de famille "
 
Humiliations et restrictions de liberté
- interdiction de partager les repas avec les frères et sœurs
- limitations strictes des sorties, voire interdiction totale de sortir et même d’ aller à l’école.
 - suppression définitive du portable et de tout moyen de communication

Violences verbales et physiques
- Insultes :
" C’est parce que t’as déjà fait la pute que tu veux pas te marier, hein, c’est ça ? "
" L’école, ce n’est pas pour toi, t’es qu’une bonne à rien, de toute façon t’as rien appris pour être une femme comme il faut, estime-toi heureuse que ton cousin veuille bien de toi ".

- violences physiques : claques, coups ...

- Vérification d’hymen 
Il s'agit d'un examen gynécologique, généralement par un médecin (plus rarement par une femme de la famille ou de la communauté) qui n’agit pas pour soigner mais pour contrôler l'absence de sexualité au moyen d’une preuve qui n’en est pas une : la présence de l'hymen.  L’appellation certificat de virginité est donc un terme erroné. En effet, une femme sur cinq dans le monde nait sans hymen.  Ensuite, on peut le perdre en faisant du sport... De plus, sa perte n'implique pas automatiquemet un saignement. Etre vierge signifie uniquement que l’on n’a jamais fait l’amour. De nombreux gynécologues refusent la vérification d'hymen ou bien ils délivrent un certificat sans examiner la fille, et ce pour la protéger. 
" J'ai été violée par le frère de ma mère quand j'avais 9 ans, ma mère est au courant, elle m'a proposé de refaire la virginité, j'ai pas voulu. Mon cousin que je dois épouser, il va  me balancer à la famille quand il va le découvrir, j'ai accepté d'aller chez le gynécologue pour ramener un certificat, je savais qu'il m'écouterait. Mon gynéco, je lui ai déjà parlé de tout, le certificat ça va  calmer ma famille le temps que j'ai une place dans un foyer ".

La famille ou le futur mari peuvent également exercer des violences de plus en plus graves :
- menaces de mort
- menaces avec arme
- tabassage
- actes de torture et de barbarie
" Pour me punir d’avoir refusé, mon père me coupait l’eau froide quand je prenais ma douche "
- incitation au suicide : " Marie-toi ou tue-toi "
- enlèvement et séquestration
- avortement forcé
- envoi forcé au pays d’origine
 
Attention
Toutes ces violences peuvent aussi se produire APRÈS le mariage forcé, si, par exemple, on ose demander le divorce.
Dans certaines familles, le divorce est en effet impossible à envisager même si le mari est violent car les parents rétorquent : " S’il te tape, c’est qu’il doit avoir une bonne raison ". Aussi, ce n’est pas vraiment une bonne idée de croire qu’on peut se marier " vite fait " pour faire plaisir aux parents, et ensuite divorcer pour être libre.
" Ma mère m’a dit peu importe si tu meurs de souffrance, je n’irai pas sur ta tombe, une femme mariée ne divorce pas ".


APRÈS LE MARIAGE FORCÉ : D'AUTRES VIOLENCES ET DIFFICULTÉS

Problèmes matériels et juridiques
- Confiscation voire destruction des papiers ce qui engendre des diffcultés pour :
- Garder son travail, chercher un emploi ou poursuivre ses études
- Annuler le mariage forcé
- Renouveler son titre de séjour
- Être rapatriée en France
- etc.

D’autres violences et conséquences graves s’ajoutent :
- VIOLS répétés. Ces derniers engendrent des souffrances morales et physiques ainsi que des conséquences médicales  graves notamment lorsque les victimes sont très jeunes. 
- violences conjugales exercées par le pseudo-mari
- violences psychologiques ou physiques de la part de la famille
- grossesses non désirées, grossesses précoces
- Interruption de la scolarité
- ENVOI FORCÉ AU PAYS D'ORIGINE où certaines jeunes filles subissent également d'autres mesures de "redressement" : avortement forcé -pour celles enceintes hors mariage - ; séquestration pendant plusieurs mois, semaines ou années,  mariage forcé et crime dit d’honneur.


DANS TOUS LES CAS, avant ou après le mariage forcé, il s’agit d’une violence qui engendre des souffrances :
- perte d’estime de soi
-perte de confiance envers les autres
- perte d’identité culturelle et familiale malgré l’amour et le respect portés aux parents.
- souffrances liées au sentiment de trahison famille
- souffrances psychologiques liées à l’impression de culpabilité alors que l’on est pourtant totalement innocent-e
.- impression d’être enfermé-e dans une spirale, marabouté-e ou maudit-e.
- état de confusion empêchant de prendre une décision
- perte d’autonomie affective
- sentiment d’être seul-e au monde
- dépression
 
Le mariage forcé peut aussi engendrer des comportements à risques :
- anorexie, boulimie
- toxicomanie
- automutilations
- absentéisme scolaire
- chute des résultats scolaires ou surinvestissement scolaire : " Je me suis mise à avoir les meilleurs résultats scolaires pour que personne ne s’aperçoive de rien, j'avais peur que ma petite soeur soit retirée de ma famille ".
- agressivité, délinquance : "Je préfère la prison à la maison ".
- grossesse stratégique : " Je suis tombée enceinte du premier venu pour ne plus être mariable ".
- tentative-s de suicide
 
Très important
Une tentative de suicide ne fait JAMAIS changer d’avis les parents et peut avoir des conséquences dramatiques : séquelles à vie ou mort.

Vu la gravité de toutes les conséquences d'un mariage forcé, avant ou après, personne n’a le droit de dire que c’est pour le bien de la personne que ce mariage a été soit-disant " simplement arrangé ". Chantage, insultes, humiliations, viols, scolarité et amours brisées ne sont pas de simples arrangements, ce sont de véritables souffrances et violences.