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Et la tradition, la religion

Le mariage forcé concerne des personnes de tout horizon culturel et religieux, de toute caste et classe sociale. Depuis des siècles, cette violence existe et détruit l’avenir et la vie de millions de femmes et d’hommes. En ce qui concerne le crime dit d’honneur, on observe une prévalence dans le monde méditerranéen et le subcontinent indien. Toutefois, cette violence existe aussi en Russie et en Amérique Latine.
Si la très grande majorité des familles considère que le mariage forcé et le crime dit d’honneur ne font pas partie de la tradition ou de la religion pour la simple raison qu'il s'agit ni plus ni moins de violences car portant atteinte à l’intégrité des personnes ; d’autres familles pensent qu’elles ont le droit de marier leurs enfants sans se soucier de leur accord. Certaines vont même jusqu’à exercer des violences extrêmes en assassinant leur fille uniquement parce que celle-ci refuse de se marier. 
Au nom de la religion ou de la tradition, ces familles perpétuent des pratiques  tribales et archaïques, et c’est bien souvent ces dernières qui ne respectent ni la volonté ni la vie des victimes. Il faut également admettre que de nombreux parents intègrent ce qui les arrange dans la tradition ou dans la religion. Pour ces familles, le qu’en-dira-t-on des voisins, est beaucoup plus important que le regard de Dieu et les lois civiles françaises et des pays d'origine.
Depuis des siècles et des générations, la culture (ou la religion), et les notions d'identité culturelle/religieuse, servent d’alibi pour contrôler la sexualité des femmes, tout particulièrement.
 
D’après l'anthropologue indienne Umah NARAYAN, le concept d’identité culturelle est instrumentalisé. La résistance de femmes et d’hommes aux violences et aux discriminations faites aux femmes sont alors qualifiées de trahisons culturelles. Cette identité exclusive enferme les femmes dans une identité dite culturelle totalement figée. Elle fait peser sur elles une sorte d’interdiction de s’émanciper de " pratiques dites culturelles " les maintenant sous domination, alors qu’en réalité, il s’agit de discriminations et de violences sexistes.
Le juriste égyptien See Lama ABU-ODEH dénonce l’instrumentalisation des notions d’honneur et de passion par les auteurs de violences sexistes : " la violence faite aux femmes en contexte conjugal peut porter le cachet absolvant de la passion en Occident et de l’honneur en Orient ".
Le sociologue français Smaïn LAACHER définit quant à lui le crime dit d’honneur, tout comme le mariage forcé, comme le contrôle obsessionnel du corps et de la sexualité des femmes, ce contrôle pouvant aller jusqu’à l’anéantissement de toute sexualité ou de la vie.

L'honneur, la passion, la tradition, la religion, la culture ou la coutume ne peuvent en aucun cas justifier la violence faites aux enfants, aux femmes et aux hommes. 
Les mots ayant leur importance, il est essentiel  d’utiliser  les termes " crime DIT d’honneur ", ou " crime possessionnel " d'une part, et d’autre part, d’exclure les appellations " crime d’honneur ", " violence culturelle ", " violence coutumière ",  " pratique traditionnelle " ou bien " crime passionnel ".
Que ce soit le mariage forcé, le crime dit d’honneur (ou la violence conjugale ou encore le harcèlement sexuel), il ne s’agit pas d’une simple coutume, d’une tradition ou d’une pratique culturelle/traditionnelle.
 
 Les mentalités sexistes et tribales perdurent …
" Je suis contre le mariage forcé, mais moi, ma sœur, elle a été mariée comme ça, je sais que ce n’est pas bien mais tout de même, elle a donné sa virginité à son mari, donc maintenant elle lui appartient "…  affirme ainsi un jeune homme lors d’un débat organisé par Voix de Femmes

…. Heureusement, partout dans le monde, la lutte s’organise.
Au Pakistan, en 2008, la Commission nationale du statut des femmes ainsi que le Conseil de l’idéologie islamique ont dénoncé l’assassinat de trois sœurs et leur tante et cousine les ayant soutenues dans leur droit d’épouser l’homme de leur choix. Depuis, les assassins de ces cinq femmes sont toujours en liberté car les autorités étatiques n'ont pas mis en examen les assassins présumés. Il est donc important de condamner les auteurs à des peines lourdes et exemplaires. Les campagnes de dénonciations des associations et des religieux doivent être relayées par l'Etat, ce dernier ayant la responsablilité de protéger les victimes.
L'engagement de certains religieux dans la lutte contre ces violences pourra également faire évoluer les mentalités. A condition que cet engagement considère que ces violences portent aussi et surtout atteinte à l'intégrité physique et psychologique de la victime ; et pas seulement à l'image de la religion ...
Il est important de rappeler que tout être humain, dispose de la liberté fondamentale d’aller et de venir, de décider de son avenir, du moment de sa sexualité et du choix de son partenaire ou mari.
Les filles ont le droit à la vie, et de la vivre comme elles l’entendent.

Ecouter des témoignages
 Durée : 18 min 05 sec.
Avec :
- Nadia, Fondatrice de Voix de Femmes
- Tahar Madhi, islamologue
- Samira
- Samah
- et d'autres participantes à la discussion-débat : "Et si on en parlait autour d'un thé ? "

Source
:  " Mariage forcé, la fin du silence " de Pascal TESSAUD, France Culture, émission Surpris par la nuit du 3 mars 2003.